Le râteau est aveugle au progrès médical !

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Emmanuel Leroy Ladurie dans son livre « Montaillou ,village occitan » indique qu’en 1300 le prix d’un cheval de trait équivalait à un an de revenu du paysan. D’autres sources indiquent qu’il équivalait à un hectare de terre cultivable. Aujourd’hui le coût d’une voiture courante (équivalent d’un cheval de trait) correspond environ à 8 mois de smic et à un hectare de terre cultivable dans la Mayenne soit 10 000 euros. Sur près de sept siècles, le rapport économique entre les revenus et le mode de transport s’est sensiblement amélioré, alors que la technique a considérablement fait progresser l’outil. Il est de notoriété publique que tout le monde n’avait pas de cheval et que celui-ci n’avait ni feux de croisement ni caméra de recul.

Le théorème de Shannon-Nyquist nous indique que pour représenter un signal, il est nécessaire que la fréquence d’échantillonnage soit au moins double de la fréquence de ce signal. Cette fréquence d’échantillonnage est aussi appelée le « peigne » d’échantillonnage. Pour visualiser ce théorème deux images sont utiles. Le jardinier qui passe le râteau dans le sable du jardin Zen ne ratissera que les graviers dont la taille est supérieure à l’entredent du râteau. Le râteau est donc « aveugle » aux petits cailloux. C’est aussi l’explication du phénomène qui voit les roues de la diligence des westerns tourner à l’envers.

On peut assimiler le changement, le progrès à l’apparition d’un signal. Pourquoi sommes-nous aveugles, résistants au progrès ?

Un autre phénomène est en jeu : nous sommes en même temps observateurs et acteurs de la société au sein de laquelle nous évoluons.

Les dirigeants des structures publiques (gouvernements …) ont mis en place des organisations permettant la mise en œuvre de leur projet de société. Ces structures, outre leur fonction opérationnelle, ont pour but premier de perdurer. Le phénomène de la bureaucratisation de la société est en place. La durée de vie d’un président d’agence peut être estimée à 5 ans. Celle d’une agence à 15 ans.

Quel rapport avec la médecine me direz-vous ?

Le progrès médical est aujourd’hui fulgurant. Si on ne prend que l’imagerie, en 30 ans, la radiologie standard (la radio de thorax) a vu arriver, trois innovations majeures : l’échographie, le scanner et l’IRM. Deux de ces innovations ont reçu le prix Nobel. La génétique, les neurosciences ont moins de 10 ans.

On regroupe ces progrès sous le terme opaque de NBIC : nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives. Le point commun de ces progrès est le développement exponentiel de la puissance de calcul des processeurs (Loi de Moore).

Malgré ces progrès, l’exercice médical est pratiquement resté le même, celui d’un colloque singulier entre le malade, le patient, l’usager et un médecin. Le pilotage du système, son mode de financement, son projet sont restés identiques depuis 70 ans.

Une réforme du système de santé se doit de prendre en compte ces trois éléments de blocage :

  1. la bureaucratisation croissante du système
  2. l’incapacité de celui-ci à identifier le progrès
  3. la résistance de l’ensemble du corps social, usagers et professionnels au changement.

Ce sont ces obstacles que notre Cercle doit aider à vaincre faute de décrocher dans un monde qui change vite.

Permettez-moi de vous souhaiter de bonnes fêtes de fin d’année et une année 2016 heureuse et fertile.

Francis BRUNELLE
Président du Cercle santé Société
Décembre 2015

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