« Demain on rase gratis »

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Démagogie, quand tu nous tiens.

Les primaires à la présidentielle sont souvent pour les candidats une occasion de surenchères sympathiques, mais l’honnêteté de leurs auteurs leur commanderait de faire une présentation complète des conséquences de leurs programmes. Faute de grand projet pour la France, on propose de raser à gogo mais on oublie de se demander combien cela va-t-il coûter et qui va payer. Les coiffeurs doivent bien manger même dans le monde merveilleux de générosité et de solidarité qui nous est offert aujourd’hui. Combien cela va-t-il coûter, les chiffres sont disponibles et vérifiables sur Internet. Passer sous silence la moitié gênante de la vérité trompe la population, affaiblit la démocratie et contribue à jeter nombre de nos concitoyens mal informés dans les bras des extrémistes de tous poils. Ce n’est pas parce que le mensonge est devenu une arme efficace pour arriver au pouvoir, entre Epinay et le Bourget, que nous ne nous devons pas réagir avec la dernière énergie, alors qu’il est encore temps, pour éviter une catastrophe dont les pays anglo-saxons nous ont montré qu’elle peut toucher également de grandes nations démocratiques et avancées.

Il nous apparaît donc important de décrire ici les conséquences de propositions couramment entendues aujourd’hui si elles étaient mises en œuvre :

  • remboursement à 100 % des frais d’optique: coût 6,5 Md€ ;
  • remboursement à 100 % des prothèses auditives: coût 2 Md€, pour des deux oreilles (ouf !) ;
  • remboursement à 100 % des frais dentaires: coût 10,5 Md€.

Total : 19 Md€.

Exercice d’école de primaire :

Sachant qu’un point de CSG rapporte à l’Etat 10 Md€, de combien faut-il augmenter la CSG pour financer ces mesures ?

Sachant qu’un point de TVA rapporte 6,5 Md€, de combien faut-il augmenter la TVA ?

Un autre sujet évoqué par les candidats, la suppression du numerus clausus pour combattre les déserts médicaux.

La solution s’apparente à celle qui voudrait supprimer les concours d’entrée aux grandes écoles car nous manquons d’ingénieurs informaticiens. Ou comme nous avons pu l’entendre récemment également, en proposant comme objectif au système universitaire la délivrance d’un master pour tous les jeunes Français sous le prétexte que notre niveau éducatif serait trop bas. Et alors pourquoi ne pas donner directement une thèse dès la naissance? Le rang de la France bondirait dans les classements PISA !

Rappel élémentaire, également pour élève de primaires : les déserts médicaux sont des villes, des villages ou régions françaises dont la densité médicale est inférieure à la moyenne nationale (une des plus élevées d’Europe). Mais quelques questions viennent immédiatement à l’esprit.

Comment  sélectionne-t-on ces nouveaux médecins, combien, comment les forment-on, dans quels amphithéâtres, avec quels enseignants, comment les payent-on pendant leur internat, comment seront-ils payés après leurs études avec une sécurité sociale qui présentera un déficit croissant si rien n’est fait pour le maîtriser autrement que dans les discours ministériels, de quelle qualité seront-ils ? Et si dans certains territoires la densité médicale était réellement insuffisante, est-ce parce qu’il n’y a pas assez de médecins ou tout simplement parce que les jeunes médecins, hommes et femmes, ne veulent pas s’y installer. Les conséquences les plus probables d’une augmentation sans précautions du nombre de médecins seraient d’abord l’accroissement de la densité médicale dans les zones les plus favorisées, comme le sont certaines grandes villes ou la Côte d’Azur, avec une poussée de la dépense en vertu de cette loi bien connue qu’est la demande induite, selon laquelle la consommation médicale est fonction du nombre de médecins dans les zones les mieux desservies, et surtout une baisse de la qualité préjudiciable à la santé publique. Il faut d’abord former mieux avant de former plus.

Plutôt que de prêcher en faveur d’un accroissement aveugle du nombre de médecins, qui au mieux porterait ses effets dans une dizaine d’années, commençons  par mieux organiser l’existant, en luttant contre les prix excessifs de l’optique ou des prothèses auditives et dentaires, et en favorisant les maisons de santé, la télémédecine et les collaborations entre professionnels de santé.

Le cercle santé société a fait des propositions qui sont en ligne sur son site (www.cerclesantesociete.fr). Ces propositions sont issues de la réflexion approfondie d’un groupe de responsables du monde médical économique, managérial.

« On peut tromper une partie du peuple tout le temps et tout le peuple une partie du temps, mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps » – Abraham Lincoln – 1809-1865.

Francis BRUNELLE
Président du Cercle Santé Société
Janvier 2017

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