Les usagers du système de santé

css Billet du président, Information Leave a Comment

Le rôle des usagers du système de santé est un élément central de la future loi de modernisation du système de santé. On connait le rôle de déclencheur joué par les différentes crises sanitaires dans l’émergence des droits des patients.

Le terme d’usager du système de santé s’est substitué à celui de patient. Ce dernier terme est pour la plupart des associations porteur d’une asymétrie dans la relation médecin /malade. La notion de compétence et  d’expertise de l’usager est revendiquée. Il s’agit non plus de faire pour le malade mais de faire avec. Sans nul doute, seule la personne malade peut percevoir et ressentir le « vécu » de la maladie. C’est ce vécu singulier qui est revendiqué.

Les médecins et les soignants pourraient  ressentir cette revendication comme l’émergence d’un contrepouvoir au pouvoir médical. La notion de pouvoir médical est complexe et polysémique. Il s’agit surtout d’une asymétrie d’information. Cette information médicale et scientifique est apparemment aujourd’hui  disponible sur Internet.

Les médecins ont leur part de responsabilité, le mouvement d’humanisation des hôpitaux lancé dans les années 1970 n’est pas allé au bout de son objectif. Qui se souvient des salles communes des années 70 où les lits n’étaient séparés que d’un simple rideau ?

Marie Christine Pouchelle  a initié un regard anthropologique sur le fonctionnellement de ce monde  clos, ritualisé qu’est l’hôpital. L’hôpital s’est ouvert aux regards, il s’est banalisé, les récents articles des médias sur les fresques des « salles de garde » montrent cette mutation.

L’acte médical ne se résume pas à un acte technique, il est chargé d’irrationnel et de symbolique. L’Evidence-Based Medicine n’a pas purgé le Symbolique de cette relation. Pour François Dagognet, récemment disparu, le médecin clinicien est un interprète,  un médiateur.

Vouloir réduire la médecine à une simple consommation de biens sanitaires par des usagers voire des clients serait une erreur profonde. Nous avons besoin d’une réflexion qui inclus, non seulement les usagers/patients, mais aussi l’ensemble des sciences humaines afin de co-construire une nouvelle médecine.

La remise en question du pouvoir médical n’est qu’un des aspects de la mise en cause de toutes les autorités. On ne cite souvent que la première partie de la phrase de Nietzche : « Dieu est mort ! Dieu reste mort ! Et c’est nous qui l’avons tué ! »

On oublie que pour Nietzche  ce meurtre nous laisse orphelins inconsolables : « Comment nous consoler, nous les meurtriers des meurtriers ».

La nouvelle relation médecin malade doit permettre au sein d’un contexte où la masse d’information devient exponentielle, de mettre en avant les maitres mots de toute relation humaine, la confiance et l’empathie. Devenus orphelins, il ne nous reste qu’une voie : devenir adulte.

Francis Brunelle

Président du Cercle Santé Société.

Paris 14 octobre 2015

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *