Comment assurer une couverture sanitaire sans présence physique de médecins ?

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EDITORIAL JUIN 2016

Lors du 99ème congrès de l’association des Maires de France une table ronde consacrée « aux déserts médicaux » réunissait différents acteurs institutionnels, conseil de l’Ordre des médecins, représentant du ministère, des maires … Plusieurs contrevérités ont été exprimées, en particulier en ce qui concerne la démographie médicale. Alors que le nombre de médecins n’a jamais été aussi important et qu’en France le nombre de médecins par habitant (2,1 omnipraticiens/1.000 ha) est largement supérieur à la moyenne européenne (1,5/1000ha), le ressenti est une pénurie médicale.

Certaines régions sont considérées comme des « déserts » médicaux. Ces régions cumulent tous les aspects de la désertification, écoles, commerces. La puissance des mots « désert » médical, « exode » rurale exprime la violence du ressenti. La couverture numérique insuffisante de ces zones « blanches » majore encore ce sentiment d’abandon, sans parler de la crise économique de l’agriculture.

Les demandes des maires de ces régions sont à la mesure de cette perception : mesures coercitives diverses, obligation d’un service national de santé d’un an, suppression du numerus clausus, formation plus courte des médecins généralistes….

Si les mesures incitatives sont inopérantes, il faut se poser la question de savoir pourquoi les jeunes médecins ne souhaitent pas s’installer dans des régions où les écoles, les boulangeries, les cafés, la maison de la presse ferment, régions où les offres d’emploi sont rares voire inexistantes. Les agriculteurs peinent à trouver des vétérinaires qui rechignent, eux aussi à s’installer en zone rurale. Si la féminisation de la profession est une réalité, il faut se poser la question de l’emploi du conjoint. Ce n’est pas un médecin qu’il faut inciter à l’installation mais un couple, une famille avec enfants.

La nostalgie du médecin de famille des années 60 suppose un modèle familial révolu. L’épouse de ce médecin ne travaillait pas, assurait l’accueil des patients, le secrétariat et la comptabilité et parfois la dispensation des médicaments comme propharmacien. C’est ce que j’ai vécu comme remplaçant au mois d’août 1974 dans un village près de Crépy-en-Valois.

Parallèlement l’Etat organise le regroupement des hôpitaux en groupements hospitaliers de territoire (GHT). Cette réorganisation a pour objectif de mutualiser les dépenses lourdes liées aux plateaux techniques, mais aussi d’assurer la sécurité des patients en réservant aux pôles lourds la prise en charge des pathologies les plus graves. C’est l’idée de la gradation des soins du centre de référence à la proximité. Les structures qui ne réalisent pas un nombre minimum d’actes sont considérées comme coûteuses, inefficaces et peu sures.

Comment imposer alors, aux jeunes médecins d’exercer dans des régions qui seront de facto, voire de jure, appauvries de leur couverture hospitalière. L’époque du Dr. Schweitzer est lointaine ou faudra-t-il que ces jeunes médecins apprennent à jouer de l’orgue ? Les rares églises qui en possèdent encore sont-elles aussi fermées ?

La question est simple : « comment assurer une couverture sanitaire sans présence physique de médecins? » Les réponses existent, à notre portée, sans faire appel à des techniques dépersonnalisées.

Le Cercle Santé Société les présentera bientôt.

Francis Brunelle
Président du Cercle Santé Société
Juin 2016

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