Editorial Octobre 2017

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La réunion du 10 novembre 2017 du Cercle Santé Société a été consacrée à « la digitalisation facteur d’organisation dans le parcours de soins ».

L’exposé de Olivier de la Boulaye a permis d’étudier, hélas trop rapidement, certaines des innovations technologiques rendues possible par les développements de logiciels implémentés sur les téléphones mobiles, ces désormais fameux « smartphones ».

Tous ces développements ne sont pas réservés seulement à une petite élite dans le corps médical, elles se font en collaboration avec les associations de patients, les chercheurs, et les développeurs.

Les exemples cités sont assez extraordinaires. Une application permet le diagnostic précoce de l’autisme grâce à la technique de l’« eye tracking », c’est-à-dire l’observation des mouvements des yeux et de leurs points de fixation, des capteurs de l’activité électrique du cerveau sont en mesure d’anticiper la survenue d’une crise d’épilepsie, des applications améliorent  le suivi et le confort des patients atteints de Parkinson…

Le développement, il faut l’avouer assez lent de l’informatique dans les hôpitaux en France a eu quelques effets paradoxaux. L’informatique hospitalière est restée encore aujourd’hui difficile d’accès, d’une ergonomie médiocre, et est souvent plutôt un frein à la mobilité de l’information.

Cette information médicale est difficilement partagée, car absente des smartphones que pourtant la quasi-totalité du corps médical possède à titre privé.

Tout ceci va évoluer très vite et il faut s’attendre à un développement rapide des applications de toutes natures disponibles sur smartphone.

Cela va rendre aigues quelques questions.

A qui appartiennent les données médicales ? Certaines sont indiscutablement la propriété du patient, comme les données biologiques et l’imagerie par exemple. D’autres sont la propriété intellectuelle des médecins car produite par eux. Cette dichotomie intrinsèque à l’exercice médical doit être acceptée.

Le parcours de soins, terme qui fait flores, est pour l’heure vide de sens et de financement malgré les gesticulations actuelles et les laborieuses expérimentations vite entravées par la suradministration de la santé dans notre pays et la frilosité des bureaucraties qui la dirigent.

La question première du pilotage de ces parcours n’est toujours pas traitée alors qu’elle est cruciale pour la réussite des parcours de soins. L’exemple des RCP (Réunions de concertation pluridisciplinaires) en cancérologie qui ont été rendues obligatoires, a été souligné comme un modèle. Il est clair que si le pilotage des parcours est laissé libre à l’initiative des soignants, il y a peu de chance qu’il voit le jour car il faut un minimum de régulation collective.

L’exemple des plateformes de rendez-vous en ligne a été souligné.

Face à la tornade technologique des smartphones et à l’incalculable et imprévisible multiplication des applications mobiles, il est donc probable que l’informatique médicale actuellement déployée à grands frais dans nos hôpitaux se verra balayée.

L’histoire de nos sociétés est heureusement faite de ces bouleversements. L’invention des machines a de tout temps modifié et l’économie et nos comportements, celles du métier à tisser, de la machine à vapeur, du moteur à explosion, du téléphone, des avions, des ordinateurs, etc….Et l’expérience montre que, malgré les très réels problèmes humains, sociaux, économiques voire moraux posés par ces innovations, elles ont fini par s’imposer face aux malthusiens et aux marchands de peur face au progrès technique. Il est plus sage et plus productif, au lieu de les décrier ou de lutter contre elles le plus souvent en vain, d’anticiper les usages de ces techniques nouvelles, et d’en accompagner le développement.

On n’a plus le droit d’être surpris par la révolution  induite par le développement des « smartphones » et encore moins de ne pas chercher à en tirer le meilleur parti.

La santé est un des derniers secteurs à résister à ce changement, et pourtant nous sommes ceux qui vont le plus en profiter, pour le plus grand bénéfice de nos patients. Gageons que les profondes modifications de l’exercice médical portées par les générations montantes seront un terreau fertile à l’éclosion de cette médecine aujourd’hui 4 et demain 5G.

Francis Brunelle
Président du C2S

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